Opinion santé : Développer la santé numérique pour apporter une valeur ajoutée à la prise en charge des patients

Interview de Lydie CANIPEL, Vice-Présidente de la Société Française de Santé Digitale et Présidente de l’Université de la Médecine Digitale (UMD) 

Pouvez-vous nous présenter la Société Française de Santé Digitale ?

La société française de santé digitale est une association loi 1901 à but non lucratif dont la mission première est d’accompagner le développement de la télésanté auprès des autorités de santé, des professionnels de santé et des usagers dans le virage numérique.

 

Un des enjeux de notre système de santé est de former les professionnels de santé aux évolutions des pratiques médicales face au développement des technologies digitales. Le déploiement de la télésanté en France reste anarchique et inégalement réparti sur notre territoire. La crise sanitaire, économique, et sociale que la France traverse depuis l’émergence du coronavirus révèle d’autant plus la nécessité pour les professionnels de santé d’avoir recours aux outils sécurisés de téléconsultation pour répondre rapidement et dans les meilleures conditions possibles aux demandes de soins non programmés. En complément, la télé-expertise, encore balbutiante, va permettre de sécuriser davantage de parcours de soins complexes nécessitant une expertise plus poussée. Le Directeur général de la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) Nicolas Revel, s’est d’ailleurs exprimé sur le sujet de l’industrialisation de la télémédecine à l’occasion du Congrès national en décembre 2019.

 

La SFSD a développé l’Université de médecine digitale, proposant des formations initiales et continues de qualité, validées par un comité scientifique pluridisciplinaire et pluriprofessionnel. Créée en janvier 2019, elle a pour but d’accompagner l’appropriation de la télémédecine, du télésoin et de l’intelligence artificielle. Il nous semble essentiel de sensibiliser l’ensemble des acteurs de l’écosystème de la santé afin de défaire les préjugés et de lever les appréhensions.

 

« Le développement de la télésanté permettrait de répondre à des problématiques d’accès aux soins ou d’engorgement des urgences. La crise actuelle modifie nos pratiques, ou plutôt, met en avant des outils qui existent déjà … »

 

Quelles sont les actions que la SFSD souhaite mener en 2020 ?

 

Nous avons décidé de travailler sur les deux principaux freins à la pratique de la santé digitale : choisir l’outil pertinent et savoir où se former.

Notre grande enquête lancée en octobre 2019 sur la téléconsultation auprès des praticiens (médecins, infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes…) avait pour objectif de connaître leurs interrogations. L’idée était d’identifier les freins à la pratique de l’acte et les ressources nécessaires pour les lever. Bien que les patients se montrent majoritairement prêts à l’usage des nouvelles technologies dans leurs soins, moins de 50% des professionnels de santé déclaraient ne pas être préparés à y passer et seulement 33% les pratiquaient. Face à ce constat, la SFSD oriente ses actions sur 2020 autour de deux axes :

  • Le premier a été monté dès 2019 : la création de l’université de médecine digitale (UMD) et l’ouverture du site (depuis début 2020). Nous sommes fiers de proposer neuf formations présentielles ainsi qu’un parcours de formation en ligne « de la consultation présentielle à la téléconsultation » sous le format de 14 capsules de e-learning. Nous avons travaillé à la certification de nos formations comme Développement Professionnel Continu (DPC).
  • Notre deuxième axe s’oriente autour de publications de recommandations. Par exemple, nous développons un guide du télésoin et un rapport sur l’impact des nouvelles technologies sur les pratiques professionnelles.

 

Pour ces deux projets, nous veillons tout particulièrement au respect des exigences éthiques, déontologiques ou technologiques du développement de ces nouvelles technologies. Cependant, aujourd’hui nous regrettons vivement qu’aucun dispositif de financement pérenne ne soit alloué par les autorités au développement de la télémédecine en France. Nous poursuivons donc une campagne de collecte de fonds pour pouvoir continuer de développer nos actions tout au long de cette année 2020.

 

 

Quelle est, selon vous, la place des laboratoires pharmaceutiques dans le développement de la télésanté ?

 

Il est nécessaire de partir de l’usage pour développer des outils technologiques véritablement utiles. Ces outils doivent répondre aux besoins des usagers (professionnels de santé, patients, aidant, etc.).

L’illustration du succès de solutions comme Doctolib ou l’explosion du nombre d’application depuis le début de l’épidémie de coronavirus illustrent bien que tout cet environnement est balbutiant, tâtonnant et pas toujours au service des usages mais déborde d’envie de mieux faire. Les laboratoires pharmaceutiques ont alors toute leur place dans la construction de ces outils, en coordination avec l’écosystème qui les entoure.

En termes de collaboration, la SFSD s’est par exemple récemment engagée aux côtés de l’association des entreprises de télémédecine (LET) pour favoriser le développement de la santé digitale éthique et de qualité en France. Nous avons une attention particulière aux démarches entreprises par nos institutions, au travers du projet Pacte télémédecine, aux travaux de la Haute Autorité de santé (un groupe de travail pressenti sur la télésurveillance en cardiologie devrait nous intéresser sous peu) ou encore par nos contacts réguliers avec certaines ARS et leurs Grades (groupements régionaux d’appui au développement de l’e-santé). Enfin, pour que la boucle soit bouclée, nous réfléchissons avec les patients et leurs représentants à la meilleure manière de faire de la télésanté un outil du quotidien pour la santé de tous les français car il n’est pas interdit de penser que dans un horizon proche, elle devienne la modalité de recours préférée des français pour leur soins de santé !

 

Quelles seront les conséquences de la crise COVID-19 dans le développement de la télémédecine ?

 

La situation de crise a obligé les professionnels de santé à « passer à l’acte » et utiliser la téléconsultation et les dispositifs médicaux connectés. Cette pratique à marche forcée a favorisé la reconnaissance de cette pratique comme bénéfique tant pour le patient que les professionnels de santé. Toutefois, ces pratiques se sont développées sans formation ni information préalable. Il a été difficile pour les professionnels de santé de trouver l’outil adapté à leur besoin. Nous avons aujourd’hui des données sur le bilan quantitatif du développement de la télémédecine. Nous attendons de recueillir le bilan qualitatif.

 

Le développement de la télémédecine dans une situation d’urgence ne peut être transposable à une pratique de la télémédecine telle qu’elle a été inscrite en 2018 dans le droit commun.

 

Il est également essentiel de développer un logiciel permettant, selon la spécialité du professionnel, de l’orienter vers l’outil le plus approprié à ses besoins. LA SFSD souhaite travailler avec les autorités publiques à la formulation de recommandations de bonnes pratiques de ces outils, en situation de pandémie et hors pandémie.

 

 

 

[1] Regardez ici le webinar spécial 12ème édition du congrès de la SFSD : osons la téléconsultation !.