Interview du Dr. Jacques BATTISTONI

21/05/2019

1. Quelles sont les enjeux prioritaires pour MG France dans le cadre des débats du Projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé (PLOTSS), adopté en 1ère lecture à l’Assemblée Nationale et discuté en ce moment au Sénat?

 

J.B. « MG France se concentre sur deux principaux sujets : la réforme des études de médecine et les hôpitaux de proximité.

Afin de permettre un meilleur accès aux soins sur l’ensemble du territoire, nous devons lutter contre les déserts médicaux. La sélection des futurs médecins doit être établie sur des critères adéquats et la médecine générale, souvent placée au 2nd plan, doit être intégrée au plus tôt dans les cycles d’études afin de la rendre plus attractive. Augmenter le nombre de médecins généralistes et développer l’exercice mixte entre ville et hôpital est une de nos priorités. Nous serons vigilants à être associé aux concertations de ces réformes, appliquée par décrets en Conseil d’Etat. La procédure accélérée du projet de loi de santé permettra notamment d’être en phase avec le calendrier universitaire, notamment pour une application de la fin du numerus clausus dès l’année scolaire prochaine, par exemple.

Par ailleurs, nous portons une attention particulièrement à la cohérence des soins hospitaliers de proximité pour les patients qui n’ont pas besoin d’un plateau technique lourd. La notion de « graduation des soins » mise en avant par le gouvernement, qui permet d’identifier différents niveaux de prise en charge, doit être déclinée en ville avec les soins primaires et de proximité. Le but est de veiller à ce que les établissements de santé couvrent les besoins de santé de la population et répondent aux besoins des professionnels ».

 

2. Comment percevez-vous l’annonce de création des assistants médicaux dans le plan « Ma Santé 2022 » ? Que cela changera-t-il pour les médecins généralistes et les patients ?

 

J.B. « La question centrale reste tout d’abord : quelle sera la disponibilité et le nombre d’assistants?

L’assistant doit permettre de renforcer l’équipe et de libérer du temps médical afin de permettre au médecin d’assumer une charge de travail plus importante. Si nous souhaitons continuer de soigner correctement les patients et leur éviter de faire des dizaines de kilomètres, il est nécessaire d’augmenter le temps médical des médecins généralistes, et de leur donner des moyens supplémentaires. Il pourra ainsi voir plus de patients ou les voir plus longtemps, ce qui – à terme – augmente la qualité de des soins et de vie.

La mise en place d’assistants médicaux ne résoudra pas le problème des déserts médicaux mais permettra d’en atténuer certaines conséquences. Dans l’immédiat, l’objectif est d’améliorer la chance pour les patients d’être pris en charge puis il s’agit d’améliorer la qualité de la prise en charge. Nous sommes persuadés que si nous arrivons à déployer un nombre suffisant d’assistants, nous pourrons améliorer la qualité des soins et le suivi des patients. 

Nous contribuerons à la « promotion » de ces postes auprès de nos confrères et travaillons à la rédaction d’un texte clair et facilement lisible pour tous. »

 

3. Quelles sont, selon vous, les perspectives d’évolution des modes de rémunération des médecins généralistes, dans le cadre des réflexions portées par le rapport Aubert ?

 

J.B. « Le rapport Aubert pose le constat que notre système actuel de rémunération des professionnels de santé n’incite pas au travail en équipe. La rémunération du médecin généraliste repose davantage sur un paiement à l’acte. Lorsqu’il y a coordination, il n’y a pas d’acte. Le rapport Aubert essaie de desserrer ce carcan de paiement à l’acte pour aller vers des rémunérations collectives de façon à trouver les moyens de partager la charge de travail autour du patient. Ces pratiques existent déjà dans d’autres pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne.

 

En France, il existe 3 types de rémunérations : le forfait patientèle médecin traitant, la Rémunération sur Objectif de Santé Publique (ROSP) et le forfait structure.  Les rémunérations forfaitaires du MG représentent 17% de sa rémunération totale. Il s’agit de sommes non négligeables, certes, mais ce n’est pas suffisamment important pour pouvoir apporter une modification majeure dans la rémunération du médecin. En effet, 83% de la rémunération du médecin est basée sur le paiement à l’acte.

Les initiatives vers de nouveaux modes de rémunérations sont aujourd’hui principalement hospitalières et encore au stade de projet. »

 

4. L’utilisation des données de santé est-elle un enjeu central dans l’évolution des pratiques médicales ?

 

J.B. « Les dispositifs numériques d’aide au diagnostic ne sont pas courant. Les outils les plus utilisés reste les dispositifs d’aide à la prescription, très utile notamment pour vérifier qu’il n’y ait pas d’incompatibilité ou d’iatrogénie.            

Nous regardons avec attention les évolutions numériques en santé. Qu’il s’agisse de pratiques individuelles ou collectives, les données de santé permettent d’avoir une vision plus précise sur la morbidité, les prises en charge sur un territoire donné, etc. Mais à l’échelon local ou individuel, elles sont encore très peu exploitées. La prise en charge sera améliorée grâce à ces nouveaux outils numériques. L’évolution des pratiques reste toutefois lente. Il s’agit d’une révolution pour l’exercice médical en général. »

 

 

*Propos recueillis par Lucile Lecomte et Camille Equipart