Interview du Dr. Jacques BATTISTONI

 

Président du syndicat MG France

 

 

1) Quels sont les enjeux prioritaires pour MG France dans le cadre des débats du Projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé (PLOTSS), adopté en 1ère lecture à l’Assemblée Nationale et discuté en ce moment au Sénat ?

J.B. MG France a porté son attention sur les deux principaux sujets de cette loi : la réforme des études de médecine et les hôpitaux de proximité.

L’amélioration de l’accès aux soins et la lutte contre les déserts médicaux nécessitent que la profession de médecin généraliste soit attractive et que les professionnels soient en nombre suffisant. C’est pourquoi la sélection des futurs médecins doit être établie sur des critères adéquats et la médecine générale, souvent placée au 2nd plan, être intégrée plus rapidement dans les études de médecine. Augmenter le nombre de médecins généralistes et développer l’exercice mixte entre ville et hôpital sont des priorités. Nous sommes désireux de participer à la concertation sur ces réformes qui se traduiront par des décrets en Conseil d’Etat. La procédure accélérée du projet de loi de santé doit permettre d’être en phase avec le calendrier universitaire, pour une application de la fin du numerus clausus dès l’année scolaire prochaine, par exemple.

Par ailleurs, nous portons une attention particulièrement au renforcement d’une première ligne de soins hospitaliers de proximité pour les patients qui n’ont pas besoin d’un plateau technique lourd. La notion de « gradation des soins » mise en avant par le Gouvernement, qui permet d’identifier différents niveaux de prise en charge, se décline en ville avec les soins primaires et les établissements de santé de proximité. Ils ont pour but de couvrir les besoins de santé de la population et de répondre aux attentes des professionnels.

 

2) Comment percevez-vous l’annonce de création des assistants médicaux dans le plan « Ma Santé 2022 » ? Que cela changera-t-il pour les médecins généralistes et les patients ?

J.B. La question centrale sera celle de la disponibilité et du nombre d’assistants mis à disposition par l’assurance maladie ?

L’assistant doit renforcer l’équipe autour du médecin traitant et libérer du temps médical afin de permettre au médecin de répondre à une demande de soins croissante. Pour continuer à soigner correctement nos patients et leur éviter de faire des dizaines de kilomètres, il est nécessaire d’augmenter le temps médical des médecins généralistes et de leur donner des moyens supplémentaires.

La mise en place d’assistants médicaux ne résoudra pas totalement le problème des déserts médicaux mais permettra d’en atténuer les conséquences. Dans l’immédiat, nos objectifs sont d’offrir l’accès à un médecin traitant à ceux qui n’en ont pas et de faciliter le suivi de nos patients chroniques. Un nombre suffisant d’assistants doit nous permettre de répondre à ces besoins.

Le dispositif proposé à nos confrères doit pour cela être lisible et accessible à tous les médecins qui ont besoin d’un assistant.

 

3) Quelles sont, selon vous, les perspectives d’évolution des modes de rémunération des médecins généralistes, dans le cadre des réflexions portées par le rapport Aubert ?

J.B. Le rapport Aubert fait le constat que notre système actuel de rémunération des professionnels de santé n’incite pas au travail en équipe. La rémunération du médecin généraliste est majoritairement assise sur le paiement à l’acte. Les actions de coordination avec d’autres professionnels ne donnent pas lieu à un acte et ne sont donc pas rétribuées. Le rapport Aubert essaie de desserrer ce carcan du paiement à l’acte pour aller vers des rémunérations plus forfaitaires afin d’inciter à un partage de la charge de travail autour du patient. Ces pratiques existent déjà dans d’autres pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne.

En France, il existe aujourd’hui 3 types de rémunérations forfaitaires : le forfait patientèle médecin traitant, la Rémunération sur Objectif de Santé Publique (ROSP) et le forfait structure.  Ces rémunérations représentent 17% de la rémunération totale du médecin généraliste.  Certes, il s’agit de sommes non négligeables mais pas assez importantes pour donner au médecin un intérêt à agir en faveur des actions coordonnées.

Les initiatives vers de nouveaux modes de rémunérations restent encore principalement hospitalières et au stade de projet.

 

4) L’utilisation des données de santé est-elle un enjeu central dans l’évolution des pratiques médicales ?

J.B. Les dispositifs numériques d’aide au diagnostic ne sont pas d’usage courant. Les outils les plus utilisés restent les dispositifs d’aide à la prescription, très utiles notamment pour vérifier qu’il n’y a pas d’incompatibilité médicamenteuses.

Nous regardons avec attention les évolutions numériques en santé. Qu’il s’agisse de pratiques individuelles ou collectives, les données de santé permettent d’avoir une vision plus précise sur la morbidité, les prises en charge sur un territoire donné et la pratique des professionnels.  Mais à l’échelon local ou individuel, elles sont encore très peu exploitées. A terme, la prise en charge et le suivi de nos patients seront améliorés grâce à ces nouveaux outils numériques. La diffusion des outils et l’évolution des pratiques restent lentes mais nous ne doutons pas qu’il s’agira d’une révolution pour l’exercice médical.

 

Propos recueillis par Camille EQUIPART et Lucile LECOMTE.