PHARMA EXPRESS INTERNATIONAL N°45

Pharma express International N°45

SOMMAIRE

RÉGLEMENTATIONS NATIONALES AU SEIN DE L’UNION EUROPÉENNE

Royaume-Uni

1) Le Ministère de la Santé appelle à un partenariat entre le NHS et l’industrie pour l’optimisation des médicaments

Au cours de son discours à la conférence annuelle de la Faculté de pharmacie de Londres, le 28 novembre dernier, le Ministre de la Santé a appelé à un plus haut niveau de partenariat et de coopération entre le NHS et l’industrie. C’est en effet une des exigences majeures du programme d’optimisation des médicaments, qui sont au nombre de cinq : concentration sur le patient, exigence de résultats, exigence de qualité, engagement accru des patients, et collaboration entre l’industrie pharmaceutique et le NHS.

A cet égard, le Ministre Keith Ridge a mis en garde ses auditeurs : l’optimisation des médicaments ne consiste pas seulement à en modifier l’image. Elle repose sur un modèle plus sophistiqué et sur une meilleure compréhension des médicaments et de leur parcours.

Le Ministre a également rappelé que tous les professionnels de santé ont un rôle à jouer dans l’amélioration des médicaments. Il a donc insisté sur sa volonté d’accroitre la transparence sur les produits de santé et a évoqué la création de standards de qualité pour les médicaments, en collaboration avec le NICE. Keith Ridge a ainsi voulu montrer à l’industrie pharmaceutique britannique que l’amélioration de l’usage des médicaments était désormais au coeur de la politique du gouvernement.

2) Lutte entre l’ABPI et le NICE autour des nouveaux médicaments

Le sydnicat pharmaceutique ABPI n’a pas pour habitude de discuter les décisions du NICE. Mais, récemment, plusieurs médicaments considérés comme absolument nécessaires ont été rejetés. C’est le cas par exemple de l’Esbriet, médicament contre la fibrose pulmonaire idiopathique, à qui le NICE a alloué un refus provisoire.

Pour les représentants de l’industrie pharmaceutique, ces rejets confirment la nécessité pour le NICE de prendre en compte les besoins insatisfaits dans les processus d’évaluation des médicaments. Cela consiste également à se demander s’il n’y a pas d’autre traitement disponible en cas d’absence formelle d’autorisation pour un médicament en évaluation. L’association insiste par ailleurs sur l’utilisation croissante des médicaments génériques, moins chers, comme comparateurs et dénonce l’absence de pragmatisme des évaluateurs. Ces éléments conduisent, selon les industriels, à une difficulté grandissante à faire approuver de nouveaux médicaments, et donc de nouvelles solutions de traitement, qui constitue alors un obstacle aux progrès de la lutte contre les maladies.

ALLEMAGNE

L’industrie réclame la suppression du moratoire sur les prix

A Berlin, les représentants de l’industrie pharmaceutique se sont accordés pour dire que la réduction de 16% des prix des médicaments n’était plus justifiée. La BPI, qui regroupe les principaux laboratoires pharmaceutiques allemands, réclame également la levée du gel des prix des médicaments. Ces revendications interviennent quelques jours après la date d’expiration du plan de contrôle des prix le 23 novembre 2012. C’est la loi AMNOG, adoptée en 2011, qui avait introduit un moratoire de 3 ans et avait fait passer la réduction des prix des médicaments à destination de la sécurité sociale allemande de 6% à 16%.

Et la BPI de justifier sa requête par l’excédent de trésorerie de 21,8 milliards d’euros dont bénéficient actuellement les caisses d’assurance maladie allemandes, et qui devrait atteindre 27 milliards d’ici à la fin de l’année. Henning Fahrenkamp, le directeur général de la BPI, ajoute que le niveau d’emploi en Allemagne est stable, et que le gouvernement établit des perspectives économiques positives pour 2013, démontrant ainsi que les dispositions d’encadrement des prix des médicaments ne sont plus utiles. Mais, malgré les appels de l’industrie, le ministère de la Santé refuse toujours de supprimer le moratoire sur les prix.

Cette situation a conduit Andrew Witty, le directeur général de GSK, à lancer un appel aux gouvernements européens pour mettre un terme à la réduction des prix qui est en train de mettre à mal la rentabilité de l’industrie pharmaceutique et menace l’avenir de la R&D en Europe. En outre, le modèle de fixation des prix en Allemagne est un enjeu crucial pour l’Europe, 19 pays (parmi lesquels la France, la Suisse, la Belgique, la Grèce et l’Espagne) s’inspirant de l’Allemagne pour fixer les prix de leurs médicaments.

ESPAGNE

1) Plan d’économies sur les médicaments

La Ministre de la Santé, Ana Mato, a annoncé devant le Congrès la réduction des dépenses de médicaments de 803 millions d’euros en quatre mois. Cette baisse des dépenses de 17,8% par rapport à 2011 est due notamment à la mise en place d’un nouveau système de tiers-payant, ainsi qu’au déremboursement de près de 400 médicaments. S’ajoute à cela le déremboursement de 46 spécialités dispensées dans les pharmacies hospitalières (essentiellement des anticancéreux et traitements contre l’hépatite C), financées en partie par un tiers-payant de 4,13€ à la charge du patient.

Si le Gouvernement se félicite de cette réduction des dépenses, l’industrie pharmaceutique déplore, elle, une chute de ses recettes. Pour Farmaindustria, la politique pharmaceutique adoptée en Espagne ces dernières années a davantage consisté à baisser les prix des médicaments qu’à rationnaliser leur utilisation. Selon Humberto Arnès, directeur général du syndicat, les mesures prises par le gouvernement ont fortement impacté l’industrie pharmaceutique espagnole, et en particulier les petites et moyennes entreprises locales. La baisse des recettes les empêche alors d’investir dans la R&D et de s’internationaliser. Parallèlement, Humberto Arnès impute aux mesures gouvernementales la baisse des investissements étrangers dans le marché pharmaceutique espagnol. Pour faire face à la politique ministérielle d’Ana Mato, plusieurs laboratoires pharmaceutiques ont opté pour des alliances avec des universités ou des entreprises de plus petite taille afin de poursuivre sur la voie de l’innovation malgré la crise.

Quant aux opposants politiques de la ministre, ils l’accusent de remettre en question le modèle social universel et de mettre en oeuvre une privatisation de la santé.

2) Les communautés autonomes creusent leur dette pharmaceutique, l’industrie confiante dans les solutions du gouvernement

Fin novembre, la Fédération Espagnole des Entreprises Pharmaceutiques (FEFE) envisageait une action en justice contre les communautés autonomes, qui affichent des retards systématiques et continus dans le paiement des médicaments financés par le Système National de Santé. En effet, les 17 communautés espagnoles se sont enlisées dans un endettement massif pour pouvoir continuer à acheter des médicaments. Ainsi, 45% des factures émises dans le secteur pharmaceutique ne sont pas réglées. En conséquence, les entreprises du médicament enregistrent des pertes de 2,9% par an. Au total, la dette des communautés autonomes envers l’industrie pharmaceutique s’élève à 2300 millions d’euros pour l’achat de médicaments à usage hospitalier. La communauté la plus endettée est celle de Valence, qui cumule à elle seule 450 millions d’euros d’impayés.

Pourtant, la Présidente de Farmaindustria, Elvira Sanz, a affirmé sa confiance dans le gouvernement pour trouver une solution à cette dette massive. Elle a insisté sur le besoin d’une régulation qui soit en mesure de sauvegarder les intérêts de l’industrie pharmaceutique, en soulignant qu’elle est un secteur clé pour la croissance et l’emploi, dont l’Espagne a particulièrement besoin aujourd’hui.

ITALIE

1) Nouvelles règles de prescription en faveur des génériques

Fin novembre, de nouvelles règles de prescription des médicaments ont été approuvées par le Sénat. Désormais, les médecins ne seront tenus d’inscrire sur leurs ordonnances que le principe actif du médicament, ou même son nom générique, ce qui permettra aux pharmaciens de délivrer davantage de médicaments génériques. Toutefois, un médecin peut toujours interdire la délivrance de générique, en précisant la mention « non remplaçable » sur l’ordonnance. Quant aux pharmaciens, ils pourront remplacer le médicament de marque prescrit par un générique dont le prix est le même, et avec l’accord du patient. Cette mesure prévoit également la possibilité pour les compagnies pharmaceutiques de baisser le prix de leurs médicaments dès la mise sur le marché de leurs équivalents génériques.

Selon Serena Sileoni, chercheuse à l’Institut Bruno Leoni, cette mesure traduit un manque de respect des pouvoirs publics pour la liberté de choix du patient, et s’inscrit davantage dans une politique industrielle que dans une politique de santé. Elle dénonce ainsi le parti pris du législateur, qui favorise par ces nouvelles règles les génériqueurs, au détriment des autres compagnies pharmaceutiques. Le syndicat des industriels italiens, Farmindustria, s’est d’ailleurs vivement opposé à l’entrée en vigueur de ces dispositions, qui déforment selon eux le marché du médicament, et offrent un avantage considérable aux fabricants de génériques. Pour Farmindustria, cette distorsion de la concurrence dans le secteur pharmaceutique relève de l’illégalité, alors que près de 90% des brevets d’exclusivité sont arrivés à expiration en Italie, France, Espagne, Allemagne et au Royaume-Uni. Massimo Scaccabarozzi, Président de Farmindustria, déplore, outre les conséquences financières à venir pour l’industrie pharmaceutique, les lourdes pertes d’emplois qui pourraient s’ensuivre. Il précise à cet égard que, depuis 2006, près de 10 000 personnes ont perdu leur emploi dans ce secteur. La recherche pourrait elle aussi être une victime collatérale de la nouvelle politique de prescription : en quelques années, le nombre d’essais cliniques a chuté de 800 à 600, et devrait continuer dans cette voie.

Next Steps : En conséquence, Farmindustria a demandé au gouvernement de maintenir le cadre réglementaire actuel et de mettre un terme à la spirale des mesures qui atteignent le secteur (neuf mesures entre 2006 et 2011, représentant des pertes totales de 11 millions d’euros, auxquelles s’ajoutent 4 millions en 2012), rappelant que les fabricants de médicaments de marque restent les garants de l’innovation et de l’investissement dans la recherche médicale.

2) Plan de lutte contre la contrefaçon et la vente illégale de médicaments en ligne

Un accord de lutte contre la contrefaçon et la vente illégale de médicaments en ligne a été signé le 11 décembre entre l’Agence italienne du médicament (AIFA) et l’Université de Trente. La coopération entre les deux instances implique la création d’un logiciel qui identifie automatiquement les pharmacies illégales en ligne grâce à un système d’exploitation du potentiel des technologies de l’information et de la communication. Le programme « Fakecare » est financé par la Commission européenne, et durera trois ans. Les informations recensées par le logiciel d’identification seront accessibles à tous les organismes d’application de la loi et à toutes les instances impliquées dans la lutte contre la contrefaçon.

En France, le sujet de la vente de médicaments en ligne fait également polémique, l’OMS ayant révélé que près de 50% des médicaments vendus sur Internet sont contrefaits, et que 96% des pharmacies en lignes sont illégales. La France doit d’ailleurs transposer une directive européenne de 2011 réglementant les pratiques liées à Internet.

Next steps : La Commission européenne prévoit la mise en place d’un sondage par internet destinés aux clients de ces pharmacies en ligne, afin de constater l’ampleur du phénomène dans plusieurs pays européens.

INSTITUTIONS EUROPÉENNES

PARLEMENT

Mise en place du brevet unitaire européen

Une large majorité des députés européens a voté le 11 décembre en faveur du lancement du brevet unitaire de l’UE. La Cour de justice européenne (CJUE) a plaidé, dans le même sens, pour le rejet des derniers recours de l’Italie et de l’Espagne contre ce projet.

Au lieu de payer des frais de traduction et des redevances dans chaque pays où il souhaite être protégé, tout inventeur pourra demander à l’Office européen des brevets un brevet unitaire qui lui assurera une protection dans les 25 Etats-membres inclus dans le projet. Les brevets seront disponibles en trois langues : anglais, français et allemand. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles l’Italie et l’Espagne ont déposé des recours devant la CJUE, les deux pays dénonçant une atteinte à la cohésion économique, sociale et territoriale, une discrimination dans les relations commerciales entre pays-membres, et une distorsion de la concurrence.

A l’inverse de ces deux pays, les milieux patronaux ont tous salué la décision du Parlement européen et espèrent désormais pouvoir jouer à armes égales avec les Etats-Unis et la Chine. En effet, les prix des brevets constituaient jusque là une inégalité considérable entre les acteurs économiques, et favorisaient les Etats extra-européens : en 2011, le prix d’un brevet aux Etats-Unis était de 2 000€ et de 600€ en Chine, contre 36 000€ en Europe. Le nombre de brevets déposés la même année a donc suivi le cours des prix : alors que 224 000 brevets ont été déposés aux Etats-Unis en 2011, il y en a eu 172 000 en Chine, et seulement 62 000 en Europe. La mise en place de ce nouveau système unitaire va alors permettre de réduire de 80% le coût des brevets, qui sera ainsi abaissé à environ 4 725€ par brevet. Les premiers brevets unitaires devraient être délivrés en 2014.

EMA

Publication d’un plan de lutte contre les ruptures de stock de médicaments

L’Agence européenne du médicament a dévoilé dans un document de réflexion plusieurs pistes pour contrevenir aux ruptures de stock de médicaments. Elle a proposé de coordonner la lutte européenne et a appelé à une coopération transnationale.

Le document publié par l’EMA propose plusieurs actions de court-terme et de moyen-terme pour minimiser les risques de rupture de stocks :

• Mise en place d’un catalogue des médicaments autorisés et non-autorisés qui ont subi une pénurie, mis à jour régulièrement avec l’aide des compagnies pharmaceutiques

• Elaboration de groupes de réflexion avec les représentants de l’industrie pharmaceutiques pour sensibiliser aux pénuries de médicaments et chercher à y remédier.

• Création d’outils permettant de définir le niveau d’urgence d’une rupture de stock et le type d’action à mettre en place (régionale, nationale ou européenne).

• Conception de procédures standardisées afin de répondre aux situations de pénurie naissantes

Next Steps : Ce plan d’action devrait permettre, à terme, de minimiser les risques de rupture de stock, que l’EMA attribue en majeure partie à la globalisation de la production et des chaînes d’approvisionnement.

IMI

Mise en place de 7 projets pour accélérer le développement de nouveaux médicaments

L’Initiative européenne pour les médicaments innovants (IMI) a lancé début décembre sept nouveaux projets, dont le budget total atteint 237 millions d’euros. Le but de ces projets est d’accélérer le développement de médicaments plus sûrs et plus efficaces. Il s’agit là de la quatrième vague de projets élaborés par l’IMI, qui est à ce jour la plus grande structure de partenariat public/privé dans le domaine mondial de la santé. Les sept projets se déclinent de la façon suivante :

• Le projet STEMBANCC vise à générer et caractériser près de 1500 cellules souches pluripotentes, que les chercheurs pourront utiliser pour tester la sûreté et l’efficacité des médicaments. Avec un budget de 55,6 millions d’euros, c’est le plus gros des sept projets de l’IMI.

• Deux projets ont pour but de créer un cadre commun d’information des données médicales des patients qui permettra de relier et de faciliter l’accès aux différentes sources de données médicales.

• Le projet ORBITO se concentre sur l’absorption des médicaments et leur action une fois ingérés.

• Parallèlement, le projet COMPACT aborde le problème des biopharmaceutiques.

• Le projet K4DD vise à développer de nouveaux outils qui permettront aux chercheurs d’étudier la façon dont les médicaments interagissent avec des molécules ciblées.

• Enfin, le projet CHEM21 promeut un processus de développement des médicaments respectueux de l’environnement, qui permettra également de réduire les coûts pour l’industrie pharmaceutique.

La coordination de ces projets se fait de manière bilatérale, associant systématiquement un laboratoire pharmaceutique à un établissement universitaire européen. Parmi les participants, on compte ainsi Hoffman-La Roche, Janssen, AstraZeneca, Sanofi-Aventis, Bayer et GSK.

L’IMI a désormais 37 projets en cours, dont le budget total s’élève à près de 800 millions d’euros.

ENVIRONNEMENT MONDIAL

ÉTATS-UNIS

1) La Cour suprême se saisit des litiges sur les médicaments génériques

La Cour Suprême des Etats-Unis a décidé de se pencher sur un litige concernant les médicaments génériques, après le recours de Takeda contre une patiente qui a obtenu 21 millions de dollars de dédommagements pour compenser les souffrances occasionnées par la prise d’un anti-inflammatoire générique. Les fabricants de médicaments génériques estiment en effet qu’ils ne peuvent être poursuivis pour défaut d’explications sur les effets secondaires. Et la décision de la Cour suprême, qui avait accepté d’examiner le recours de Takeda en juin 2011, leur avait finalement donné raison : la loi requiert simplement que les génériqueurs copient la notice des médicaments de marque.

A cette affaire s’ajoute également la condamnation par la Cour d’appel de Brooklyn d’Alfred Caronia, représentant pour la compagnie pharmaceutique Jazz, pour avoir vendu le médicament Xyrem (traitement de la narcolepsie) à d’autres fins que celles autorisées par la FDA, comme le traitement de la somnolence et de la fatigue chronique. Mais la Cour Suprême a finalement annulé la condamnation d’Alfred Caronia, considérant que la criminalisation d’une simple promotion hors-AMM serait contraire au premier amendement de la Constitution des Etats-Unis, qui garantit la liberté d’expression des citoyens américains.

2) Dépôt d’un projet de loi pour mettre fin aux ruptures de stock de médicaments

Tout comme l’Europe, les Etats-Unis font face au problème des ruptures de stock des médicaments. Pour contrevenir à ces pénuries avant qu’elles ne deviennent un problème de santé publique, le représentant de la Louisiane au Congrès, le Dr Bill Cassidy, ainsi que quatre autres parlementaires, ont déposé un projet de loi pour prévenir les risques de rupture de stock.

Aux Etats-Unis, les pénuries concernent principalement les médicaments génériques injectables, parce que les marges de production sont trop faibles pour que les industriels acceptent de les fabriquer. Les auteurs du projet de loi ont alors prévu des mesures incitatives qui encourageraient les fabricants de génériques à reprendre la production. La loi affecterait les médicaments génériques injectables qui ne sont produits que par moins de trois compagnies, en les exemptant du système actuel de fixation des prix de vente moyens majorés de 6%. Cela permettrait d’appliquer à ce type de médicaments des prix de gros, et à les exonérer des réductions et rabais impliqués par les programmes Medicare et Medicaid.

Next Steps : Ceux qui soutiennent le projet de loi affirment également que les dispositions prévues par le nouveau projet de loi de financement du FDA sont encourageantes et aideront à lutter contre les pénuries, même si elles sont loin d’être suffisantes.

CANADA

Abolition de la règle des 15 ans pour les médicaments de marque

Le gouvernement du Québec a mis fin à la règle de 1994, dite « règle des 15 ans », qui prolongeait, pour les fabricants, le monopole des médicaments d’origine au-delà de la période d’exclusivité commerciale garantie par la loi canadienne sur les brevets. Lorsqu’elle a été instaurée, cette règle visait à soutenir la croissance de l’industrie des médicaments de marque. Aujourd’hui, les génériqueurs réunis au sein de l’Association canadienne du médicament d’origine (ACMG) se félicitent de l’abandon d’une mesure qui privait le budget de la santé de plus de 170 millions de dollars canadiens (132 millions d’euros) d’économies.

La règle des 15 ans aura alors coûté aux Québécois 193 millions d’euros en 2011. Et, malgré un objectif affiché d’attirer les investissements en R&D, les laboratoires pharmaceutiques présents au Québec ont perdu au total 1 146 emplois entre 2010 et 2012. Le gouvernement de la Province n’avait donc plus de raison de maintenir une mesure adoptée en son temps pour encourager la R&D pharmaceutique et par laquelle les laboratoires concernés s’engageaient à investir 10 % de leurs revenus dans cette même recherche au Canada. En 2011, le ratio était tombé à 5,5 % et il continuait de diminuer. Pour compenser les pertes à venir de l’industrie pharmaceutique, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a choisi malgré tout d’octroyer un crédit d’impôt additionnel de 10 % aux grandes entreprises pharmaceutiques, qui représente 125 millions de dollars (97 millions d’euros) sur cinq ans. Il permettra de faciliter les partenariats de recherche avec les entreprises pharmaceutiques.

Face à cette annonce, les compagnies de recherches pharmaceutiques du Canada ont exprimé leurs « importantes préoccupations ». Russel Williams, le président du syndicat Rx&D, a souligné l’importance du secteur pharmaceutique dans l’activité nationale et a rappelé que les membres de Rx&D ont attiré au Québec 45% des investissements de recherche et développement au Canada.

PAYS ÉMERGENTS ET ACCÈS AUX MÉDICAMENTS

INDE

1) Le gouvernement ajoute 350 médicaments au nouveau système national de tarification des médicaments

Le Gouvernement indien a officiellement approuvé la réduction des prix de plusieurs centaines de médicaments essentiels, qui constituent près d’un tiers des médicaments présents sur le marché national. La politique nationale de tarification des médicaments (NPPA) avait déjà été entérinée en septembre pour 74 spécialités pharmaceutiques.

Cette mesure suppose que le gouvernement peut désormais imposer un contrôle des prix sur un plus grand nombre de médicaments, dont les prix chuteront de 11% en moyenne. La réduction pourra aller jusqu’à 75% pour certaines classes de médicaments. Le prix des médicaments sera également soumis à un plafond calculé en fonction du prix moyen pondéré de toutes les marques qui détiennent au moins 1% des parts de marché.

Les dépenses de médicaments pris en charge par l’Etat ont représenté près de 800 millions de dollars, soit environ 5% des résultats du secteur pharmaceutique indien, dont le chiffre d’affaires total avoisine les 15,5 milliards de dollars. Mais la récente extension du programme visant à offrir un accès gratuit aux médicaments plus large devrait alourdir considérablement la dépense publique en matière de santé. En effet, le gouvernement indien a mis en place au mois de juin un plan quinquennal dont l’objectif est de garantir à tous les citoyens indiens un accès gratuit aux soins. Cette politique, qui a débuté en octobre, devrait coûter à l’Etat indien près de 5 milliards de dollars.

2) Des associations interpellent la Cour Suprême au sujet des génériques

La Cour suprême doit se prononcer prochainement sur une action en justice du laboratoire pharmaceutique suisse Novartis, qui avait déposé en 2006 une demande de brevet pour son médicament anticancer Glivec en Inde, rejetée par la justice en première instance et en appel. La Cour avait en effet considéré que le médicament n’était qu’une nouvelle formulation d’un produit déjà existant. Le groupe pharmaceutique s’est alors tourné en 2011 vers la plus haute instance juridique indienne, la Cour Suprême, qui doit prendre une décision dont « dépend la vie de millions de malades », selon les associations. En effet, c’est dans un communiqué que 107 associations ont demandé « expressément à la Cour suprême indienne de prendre en considération l’impact désastreux que pourrait avoir une victoire de Novartis ».

Les médicaments génériques fabriqués en Inde sont parmi les moins chers du monde. «Si la Cour suprême rend un avis favorable à Novartis, les prix des médicaments comme les antirétroviraux produits en Inde vont augmenter sans commune mesure», souligne le Dr Camille Anoma, directeur d’Espace Confiance en Côte d’Ivoire, l’une des associations signataires.

La firme pharmaceutique suisse espère obtenir une décision finale avant la fin du premier trimestre 2013. Le 12 décembre, le Bureau indien des brevets a déjà refusé le brevet d’un médicament contre l’asthme développé par le laboratoire Merck, estimant qu’il n’était pas « inventif ».

ACCÈS AUX MÉDICAMENTS

Recommandations de l’Access to Medicine Foundation

L’Access To Medicine Foundation (ATMF) a publié fin novembre un rapport dans lequel elle établit un classement sur l’accès aux médicaments dans les pays en voie de développement. Outre le classement, l’ATMF a constaté que de plus en plus d’entreprises utilisent des systèmes de tarification différenciée pour faire baisser les prix de leurs médicaments dans certains pays, mais que de nombreux efforts sont encore à fournir. La fondation a donc formulé plusieurs recommandations, comme l’amélioration de la transparence liée aux pratiques de lobbying, l’extension des systèmes de tarification différenciée, l’adaptation du conditionnement en fonction des besoins locaux, ou encore la mise à disposition des résultats d’essais cliniques pour accélérer l’agrément des médicaments génériques dans les pays en voie de développement.

BRÈVES

PAYS EUROPÉENS

ROYAUME-UNI : Procès contre trois laboratoires britanniques (Daiichi Sankyo, Ely Lilly et Merz) pour avoir enfreint le Code de Pratique de l’ABPI

ROYAUME-UNI : Selon un rapport de l’Office of Health Economics, les coûts de R&D au Royaume-Uni pourraient ralentir la conduite d’essais cliniques

ROYAUME-UNI : Un rapport de IMS Health pointe la mauvaise utilisation des médicaments autorisés par le NICE au sein du NHS

ESPAGNE : Hausse record des coûts de développement des nouveaux médicaments

UKRAINE : Le gouvernement menace d’interdire les importations de médicaments étrangers

IRLANDE : Conclusion d’un accord entre l’industrie pharmaceutique et le Ministère de la Santé pour encadrer les prix des médicaments

INSTITUTIONS EUROPÉENNES

EMA : La publication des données d’essais cliniques bientôt obligatoire en Europe

COMMISSION : L’European Medical Research Council demande à la Commission européenne une hausse de l’investissement dans la recherche médicale

ENVIRONNEMENT MONDIAL

SUISSE : Roche et Novartis saisissent le Tribunal Administratif Fédéral contre la baisse des prix des médicaments

ETATS-UNIS : D’après une étude menée par Express Scripts, les prix des médicaments de marque sont en forte hausse

ETATS-UNIS : Deux rapports du Boston Healthcare et d’America’s biopharmaceutical research company pointent les progrès réalisés en matière de lutte contre le SIDA

PAYS ÉMERGENTS ET ACCÈS MÉDICAMENTS

CUBA : Création d’un groupe industriel pharmaceutique, BioCubaFarma

INDE : Le gouvernement rend obligatoire un accord préalable pour tout investissement étranger dans l’industrie pharmaceutique indienne.

AFRIQUE : Johnson & Johnson renonce à des brevets sur son médicament contre le SIDA dans les pays les plus pauvres et en Afrique subsaharienne

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